De la culture du viol et des généralités abusives

[Avertissement de contenu : cet article traite de culture du viol et des discours entourant la gestion de crise après des agressions ou viols]

Note préalable de vocabulaire : plusieurs fois dans cet article, je parle de trauma. Si vous ne connaissez pas particulièrement le reste du blog et que le terme de “trauma” est un peu flou, peut-être est-il utile de faire un léger résumé : le stress post-traumatique représente certaines séquelles possibles d’évènements traumatisants (c’est-à-dire des évènements qui ont dépassé les limites de l’organisme à réagir de manière fonctionnelle). Tout évènement traumatisant ne provoque pas un stress post-traumatique, et les évènements (re)traumatisants ne sont pas forcément “spectaculaires”. Le stress post-traumatique provoque un certain nombre de symptômes qui peuvent impacter considérablement la qualité de vie. J’ai inclus davantage d’informations à ce sujet à la fin de l’article.

J’ai pris connaissance d’un texte qui a été partagé plusieurs fois lors de conflits concernant des agressions sexuelles ou viols. Il y a des critiques à faire au texte en lui-même, mais aussi à la manière dont ce texte peut être (et a été) instrumentalisé pour esquiver des responsabilités.


J’ai déjà un gros problème avec le titre du texte : “Nous sommes touTEs des survivantEs, nous sommes touTEs des agresseurSEs”. Le moins qu’on puisse dire c’est que ça part mal, parce que les titres provoc’ et pseudo-universalisants de ce genre, je ne suis pas fan. Mettre tout le monde sur le même plan quand on parle de traumatismes n’est pas du tout une bonne idée. Le sujet est trop délicat pour que l’on fasse des punchlines pour le style. Mais j’y reviendrai ; admettons que l’on accorde le bénéfice du doute, et que l’on se dise que le titre est nul mais n’est pas représentatif… Voyons ce que dit le texte en lui-même :

Dans nos relations, nous mettons souvent en place des limites et parfois même nous demandons à l’autre son consentement. Dans la plupart des relations, ces limites ne sont pas verbalisées, elles sont supposées : je ne m’assiérai pas sur les genoux de l_ partenaire de mon amiE. Je ne prendrai cetTE amiE dans mes bras que pour lui dire bonjour ou au revoir. Dans les relations sexo-affectives, nous tendons à définir ces limites plus explicitement avec nos partenaires : je ne partagerai pas de sexe non protégé. Je ne suis pas d’accord pour que m_ partenaire m’embrasse devant mes parents. Dans tous types de relation, de platoniques à sexuelles, nous pouvons dépasser les limites des autres, les blesser ou les mettre mal à l’aise. Cela arrive souvent, particulièrement dans les relations dont les limites sont seulement implicites.

Cette première phrase… Je suis perplexe. Parfois même nous demandons à l’autre son consentement.” C’est donc là le point de départ ? Le standard est celui-là ? “Parfois on a des limites et PARFOIS MÊME (!!!) on demande à l’autre son consentement (!!!)”. J’ai dû aller regarder le texte en anglais pour m’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un contresens de traduction, mais non, la traduction est parfaitement correcte. On a un sérieux problème.

Bien sûr que les normes sociales dominantes se fichent du consentement, mais pour autant je ne dirais pas “Dans mes relations je pose souvent des limites et parfois même je demande à l’autre son consentement.” J’ai amorcé une réflexion sur le consentement il y a un moment maintenant, quand j’ai compris que j’avais subi un viol plus jeune, et j’ai réfléchi à comment prioriser le respect du consentement dans tous les aspects de ma vie. Oui, même en dehors de relations amoureuses. Je demande à mes proches avant de les prendre dans mes bras ou de leur faire la bise par exemple, et je respecte un refus. Je comprendrais que quelqu’un formule les choses ainsi si cette personne n’a absolument pas réfléchi aux conditionnements de la culture du viol, mais j’ai vraiment du mal à comprendre que quelqu’un qui se fend d’un long texte sur les problèmes de consentement présente cela comme ça.

“Dans la plupart des relations, ces limites ne sont pas verbalisées, elles sont supposées”. Eh bien… Parlez pour vous ? Il arrive que certaines limites me paraissent suffisamment évidentes pour ne pas être verbalisées, mais je verbalise explicitement la plupart des choses, et c’est la norme chez la plupart de mes proches aussi. Ce qui me paraît bizarre ou gênant ne l’est peut-être pas pour une autre personne, et vice-versa. Et le fait d’être une personne handicapée oblige littéralement à verbaliser un certain nombre de besoins et limites. Je déteste qu’on me touche sans me demander, je n’aime pas faire la bise à des inconnu·e·s, je ne supporte pas les lumières directes dans mon champ de vision, la station debout m’est pénible, je fatigue rapidement surtout s’il y a beaucoup de bruit de fond, etc. Ce sont des choses que j’ai souvent besoin de dire le plus clairement possible quand je rencontre des gens, et je demande également si la personne a des besoins spécifiques.

Franchement, ça rend les interactions sociales tellement plus fonctionnelles que ça me stupéfie que des gens ayant pris conscience des problèmes de consentement et de trauma d’une part, du validisme d’autre part, continuent à agir comme si demander le consentement était une option Deluxe qu’on choisit de temps en temps. Je suis vraiment perplexe. On se doute que la personne qui a écrit le texte s’apprête à critiquer le manque de réflexion sur le consentement, mais je trouve ces premières formulations vraiment bancales, quelle que soit la suite.

Voici un deuxième passage que je trouve quelque peu gênant :

Quand une agression sexuelle a lieu, la personne qui outrepasse la limite est appeléE l’agresseurSE et la personne dont la limite a été dépassée est appelée l_ survivantE, un terme qui donne plus de force que le mot victime. C’est une terminologie de poids, et cela peut être vraiment utile pour aider l_ survivantE à nommer et assimiler une expérience.

Mais qui est-on pour décider quel terme donne plus de force à quelqu’un qui a vécu une agression sexuelle dans ce cas précis ? J’avais parlé des termes “survivant·e” et “victime” dans un article dédié, disponible ici. Bien qu’à titre personnel je préfère me désigner par le premier terme (pour les raisons que j’ai expliquées dans l’article), ce n’est pas le choix de tout le monde, et je respecte cela et apporte mon soutien aux personnes qui ne souhaitent pas s’approprier le terme “survivant·e” mais continuer à utiliser “victime”. Oui, “survivant·e” est une terminologie de poids ; et tout le monde n’a pas le même rapport à ce poids-là. Ce qui est libérateur et empouvoirant pour personne A peut être écrasant et stressant pour personne B. Je trouve extrêmement dérangeant de prétendre ériger une norme sur ce point, parce que respecter le rythme des personnes qui ont subi des agressions sexuelles est un point clé de leur rétablissement.

Le texte critique ensuite le fait qu’utiliser “survivant·e” et “agresseu·r·se” seulement dans des cas d’agressions sexuelles ou viols met ces interactions à part et sous-entend que les autres possibles interactions non-consenties seraient moins graves. Je trouve cette critique bizarre au mieux, car il y a un bon nombre d’autres mots qui peuvent être utilisés pour désigner ces situations : exploitation, coercition, rapport de pouvoir, déséquilibre, malaise, etc. Je ne vois pas en quoi le fait d’avoir un vocabulaire spécifique aux agressions sexuelles et viols devrait poser problème. Il est vrai que “survivant·e” sous-entend généralement “survivant·e de viol”, mais c’est aussi un terme utilisé pour d’autres traumatismes (par exemple, “survivant·e d’un génocide”). En fait, la spécificité de “survivant·e” me semble plutôt être que cela désigne quelqu’un qui est encore impacté·e au quotidien par ce à quoi iel a survécu. Le plus souvent, on utilise “survivant·e” parce que c’est plus court que “personne avec un stress post-traumatique (complexe)”. Il n’y a pas de règle explicite à ce sujet bien sûr, mais il me paraît évident que c’est le plus souvent un terme que l’on utilise parce que l’on a besoin de souligner le caractère durable des conséquences du trauma. Sinon, le terme “victime” utilisé au passé peut souvent suffire.

Décrire les agressions sexuelles (et avec elles les survivantEs et les agresseurSEs) comme des expériences sexuelles distinctes de celles supposément « normales », donne la fausse représentation que toute expérience qui ne serait pas nommée agression sexuelle serait libre de toute contrainte. Au contraire, dans notre société autoritaire, la domination s’insinue partout, ce qui fait que même nos relations les plus intimes et précieuses sont subtilement – et parfois pas si subtilement – teintées de dynamiques de pouvoir inégalitaires. Une division entre « agression sexuelle » et « tout le reste » permet à toute personne qui n’a pas été nomméE unE agresseurSE sexuelLE d’être tiréE d’affaire, ce qui détourne l’attention des moyens que nous pouvons touTEs mettre en place pour améliorer nos relations et notre sensibilité les unEs vis à vis des autres.

Le raccourci fait ici est complètement aberrant. Décrire les agressions sexuelles et viols en tant que tels ne signifie pas nier les rapports de force qui peuvent exister par ailleurs. Décrire l’impact de la violence d’une situation précise ne signifie pas nier la violence qui peut exister dans une autre situation. Parce que la société est parcourue de rapports de force qui s’insinuent partout dans nos relations, on devrait se taire quant aux situations où cela résulte en des traumatismes sexuels ? Cet argument n’a ni queue ni tête. Il est possible de parler des dynamiques de domination dans la société sans enlever leur vocabulaire aux personnes qui ont survécu à des violences sexuelles, des séquestrations au long terme, des génocides (entre autres), ou minimiser leurs expériences de manière floue comme c’est fait ici.

Mon intention n’est pas de faire un gatekeeping strict sur le terme de “survivant·e”, certainement pas. Mais j’aimerais bien que les gens se rendent compte d’elleux-même qu’il faut comparer ce qui est comparable, et que prétendre que “Nous sommes tou·te·s des survivant·e·s” parce que la société est violente dans son ensemble, c’est justement nier les rapports de force en jeu plutôt que les souligner. Nous ne sommes pas tou·te·s exposé·e·s aux abus de la même manière.

L’une des conséquences les plus problématiques du manque de vocabulaire approprié est que les gens ont souvent des réticences à seulement commencer à aborder des expériences d’outrepassement de limites plus subtiles ou plus complexes.

Je suis d’accord avec cela, mais je trouve que cela manque de considérer un point crucial : la plupart des personnes qui vivent des expériences traumatisantes ont tendance à les minimiser et ont des réticences à en parler. Il est bien connu que les personnes ayant vécu un viol se sentent souvent coupables, se disant “Ah, certaines personnes ont vécu pire, je ne devrais pas en faire toute une histoire” et ce quel que soit leur vécu, “Au fond ça devait être un peu de ma faute, est-ce que je ne me suis pas mis·e en danger”, etc. Ces réticences sont donc tout à fait logiques, font partie du processus post-traumatique, et ne sont pas juste une conséquence d’un manque de vocabulaire approprié, même si développer un vocabulaire plus pointu pour parler des différentes expériences traumatisantes est évidemment important.

Il semble aussi que, autant les mots agresseurSE / survivantE sont utiles quand le dialogue est impossible, autant leur usage peut arrêter le dialogue lorsque cela aurait pu être possible autrement. Ce vocabulaire crée des catégorisations de gens plutôt que des descriptions de leurs comportements, réduisant un individu à une action. Du coup, cela a tendance à mettre les gens sur la défensive, ce qui fait que ça devient plus difficile pour elleux d’entendre les critiques qui leur sont adressées. Les implications définitives et le ton accusateur de ce vocabulaire peuvent précipiter une situation dans laquelle, au lieu de réconcilier des vécus différents de la réalité, les gens de chaque côté luttent pour prouver que leur interprétation de la réalité est la « vraie ».

Diaboliser les personnes qui ont violé ne rend pas service aux victimes, car le viol est, hélas, banal. Ce n’est pas l’œuvre de monstres sortis d’un bois obscur, un viol peut être commis par une personne proche en qui on avait confiance et qui par ailleurs faisait preuve de bienveillance, disait nous aimer, nous soutenait dans certains domaines de notre vie, etc. Diaboliser nous pousse souvent dans le déni, la minimisation de nos expériences, car nous ne pouvons pas nous résoudre à pousser ce·tte proche qui nous a fait du mal dans cette catégorie des diabolisé·e·s, cela semble souvent trop réducteur et injuste sur le coup. Et cela étant dit, il arrive que les personnes ayant vécu un viol aient besoin de s’autoriser à diaboliser les personnes qui ont abusé d’elleux, afin d’arriver à se détacher de leur empathie pour elleux, prendre des distances nécessaires, et prioriser leur propre bien-être pour leur rétablissement. Cela n’a d’ailleurs pas forcément de conséquences graves pour la personne diabolisée. Il arrive qu’une personne ayant vécu différents traumas relationnels oscille entre idéalisation et diabolisation. Je pense que le réel problème à cela est : est-ce que la personne en est consciente ? Comment limiter les problèmes qui peuvent inévitablement émerger, et dépasser ces schémas réducteurs sans se mettre en danger ? Comment apporter de la nuance dans ses considérations d’autrui quand jusqu’ici on a dû vivre dans les extrêmes (idéalisation / diabolisation) pour survivre ? Ce sont évidemment des questions épineuses, il n’y a pas de réponse facile et rapide.

Tout cela étant dit, je trouve les priorités présentées dans le texte pour le moins… intrigantes. Cela part du principe que le dialogue avec une personne qui a agressé ou violé est souhaitable et aura de bonnes conséquences. Parfois, cela est vrai. Il arrive qu’il y ait malentendu, et que la personne qui a agressé ou violé n’en ait absolument pas eu conscience, puisse être confrontée, se rendre compte de ses actes, présenter ses excuses et se remettre en question. Mais il me semble que prétendre que cela représente la majorité des cas d’agressions et viols, c’est faire preuve d’une mauvaise foi insurmontable… Je ne veux pas paraître défaitiste, mais un certain nombre de personnes abusent d’autrui en toute connaissance de cause et sans aucun regret. D’autres sont partagé·e·s, mais ne sont pas pour autant prêt·e·s à changer. Exposer les personnes qui ont été abusées à un “dialogue” est souvent extrêmement dangereux, notamment dans les cas d’emprise. Le fait que cela ne soit pas abordé dans le texte me semble ahurissant, au mieux de naïveté et d’ignorance, au pire de franche malveillance.

Si nous pouvions développer une façon d’aborder ces situations qui se concentre sur l’amélioration de la communication et de la compréhension plutôt que de chercher à établir qui est en tort, il serait alors plus facile pour les personnes qui outrepassent des limites d’écouter et d’apprendre des critiques qui leur sont adressées ; et moins stressant pour les personnes dont les limites ont été dépassées de parler de ces expériences. Quand une personne sent que ses désirs n’ont pas été respectés, indépendamment de si un tribunal de justice trouverait qu’il y a assez d’éléments pour justifier des accusations d’agression sexuelle ou pas, il est nécessaire que toutes les personnes impliquées dans la situation soient responsables pour elles-mêmes des manières dont iels n’ont pas communiqué avec ou respecté l’autre, et travaillent à s’assurer que ça n’arrive plus jamais.

Je pense que c’est une réflexion qui n’est pas complètement inintéressante. Effectivement, dans certains cas le dialogue peut aider à comprendre ce qui a mené à une action mal vécue et corriger le tir. Il peut parfois s’agir d’un malentendu, d’un manque de connaissances, etc. Mais je m’inquiète du fait que cette réflexion puisse être instrumentalisée pour forcer au dialogue alors que souvent, la personne traumatisée a besoin de prioriser sa sécurité en se soustrayant à toute influence de la personne qui lui a fait du mal. Et ce dialogue est parfois un gaslighting de la personne traumatisée et donc une violence supplémentaire. Il est fortement idéaliste de penser que toutes les personnes ayant outrepassé le consentement de quelqu’un d’autre, de manière ambiguë ou non, sont prêtes à se remettre en question, pleines de bonne volonté. La réalité est tout autre. Et oui, cela est en partie dû à la diabolisation, mais pas seulement.

Les mots que nous avons à notre disposition actuellement pour décrire ces situations créent une fausse division du monde entre agresseurSEs et survivantEs, alors que, comme c’est le cas pour les catégories d’oppresseurSEs et d’oppresséEs, la plupart des gens vivent les deux expériences à un moment ou à un autre.

Je comprends le pourquoi de ce paragraphe mais je trouve qu’il y a quelque chose d’extrêmement douteux en filigrane. Les personnes ayant vécu de graves maltraitances relationnelles durant leur enfance ont souvent très peur de reproduire les mêmes schémas plus tard. Cela peut être quelqu’un qui a grandi dans une famille violente et qui craint de faire preuve de violence envers ses propres enfants. C’est parfois le cas, mais nous n’y sommes pas condamné·e·s. Et un certain nombre de personnes qui ont été violées durant leur jeune âge ne violeront aucun·e enfant·e une fois adultes, par exemple. Je comprends le désir de ne pas hiérarchiser les différentes expériences afin de ne pas minimiser ce qu’a pu vivre quelqu’un à la suite d’une interaction non-consentie qui ne rentrerait pas dans les définitions légales d’un crime sexuel, mais mettre sur le même plan toutes les expériences relationnelles traumatisantes ne nous rend pas service non plus.

Nous avons besoin d’une nouvelle façon de conceptualiser et de communiquer sur nos interactions. Elle prendrait en compte nos différentes limites – sexuelles, affectives, et platoniques – et toutes les façons dont elles peuvent être outrepassées. Pratiquer le consentement et respecter les limites des autres est important à la fois dans les interactions sexuelles comme dans tous les autres aspects de nos vies : s’organiser ensemble, vivre en collectif, planifier des actions directes en confiance. Les relations non-hiérarchiques et consenties sont l’essence de l’anarchie, et nous devons mettre la priorité sur la recherche et la promotion du consentement dans toutes nos interactions.

Je suis d’accord avec ça, et je pense que le premier pas pour viser cela n’est certainement pas d’écrire un texte avec un titre qui minimise complètement les expériences de survivant·e·s / victimes de violences en les mettant sur le même plan que les personnes qui ont abusé d’elleux dans un titre provocateur qui sera probablement réactivant pour un certain nombre de ces personnes. C’est un peu le pompon d’écrire ça dans un texte qui a un titre aussi atroce.

Astuce : envoyer ce texte “Nous sommes touTEs des survivantEs, nous sommes toutTEs des agresseurSEs” à la personne que vous avez agressée n’est pas une bonne idée. Partager ce texte pour vous dédouaner de vos responsabilités en tant qu’agresseu·r·se n’est pas une bonne idée. Instrumentaliser ce texte pour minimiser une agression qui a eu lieu dans votre entourage n’est pas une bonne idée.

Autres astuces : ne pas se réfugier derrière des discours flous sur la justice réparatrice pour esquiver ses responsabilités quand on s’en rendu coupable d’agressions ou viols. Ne pas instrumentaliser les (très bons) arguments anti-carcéraux pour faire taire les victimes et leur imposer de continuer à vous côtoyer. Ne pas crier aux méthodes fascistes si les conséquences de vos actions déplorables vous retombent dessus et qu’un certain nombre de personnes souhaite prendre des distances car vous n’avez pas pris les mesures nécessaires pour ne pas être des dangers publics.


Cette critique faite, j’aimerais vous faire quelques recommandations de ressources.

Jour après jour…, ressource produite par LTDP, est disponible gratuitement à la lecture en ligne et en téléchargement sous forme de brochure ou PDF. Voici le sommaire :

Une partie de cette brochure a pris la forme de récits de fiction. Nous avons fait ce choix pour sortir de l’opposition théorie/pratique. Nous voulions exposer différents enjeux par des descriptions de situations concrètes mais sans mettre à nu nos propres histoires. Ces situations inventées explorent nos doutes et nos difficultés bien réelles mais aussi nos espoirs, nos tentatives de créer des imaginaires qui iraient chercher plus loin… D’éventuelles ressemblances avec des situations vécues proviennent du fait que ces situations sont très courantes.

Vous trouverez aussi dans cette brochure quelques outils, pistes de réflexion et questionnements que nous avions envie de partager sous une forme plus classique. On espère que cela pourra être utile à des personnes ou collectifs qui sont en recherche, que ça vous donnera de la force et du courage pour vous lancer dans ces aventures pour lesquelles il n’y a, bien évidemment, jamais de recettes toutes faites.

https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1300

La brochure est composée de six textes de fiction, une fiche outil, un compte-rendu de synthèse, une bibliographie et un lexique. Je vous en recommande très vivement la lecture.


Voici une autre ressource destinée aux personnes qui ont commis une agression ou un viol en milieu féministe, réalisée par Queer Chrétien·ne ; la vidéo ci-dessous est accompagnée d’un manuel.


Enfin, si vous voulez en savoir plus sur le processus de rétablissement pour les personnes ayant un stress post-traumatique, j’ai écrit et traduit plusieurs textes à ce sujet :

Un grand merci aux personnes qui ont bien voulu relire cet article avant publication et m’ont fait part de leurs retours et critiques constructives !

Prédation éphébophile et mauvaise foi

S’il y a un sujet qui met tout le monde à cran en un temps record, c’est bien la prédation éphébophile. Tout le monde veut absolument avoir un avis dessus, car tout le monde s’estime légitime à en avoir un, et on entend parfois des aberrations sans nom. J’écris cet article avec colère, épuisement, et lassitude. Mais j’espère pouvoir m’exprimer avec clarté et faire réfléchir sur ce sujet, car il y en a bien besoin.

Je vais parler brièvement du dernier cas en date qui a provoqué un enchaînement de réactions, pour contexte, le but étant de me concentrer sur les réactions et pourquoi elles m’insupportent, car ces réactions sont extrêmement prévisibles et ressortent à chaque cas similaire qui émerge. Il n’y a aucune volonté de souligner particulièrement ce cas de figure, et ma description en est donc délibérément floue.

Contexte

Plantons le décor. Plusieurs victimes d’une personne majeure qui a relationné à répétition avec des mineures prennent la parole pour dénoncer ces faits et signaler que cela pose problème. J’utilise le terme “victime” ici car il s’agit bien d’un rapport de pouvoir dont la personne majeure a abusé à répétition. On ne peut pas relationner plusieurs fois avec des personnes mineures “sans se poser la question” : dans ce genre de situations, avec un motif qui se répète ainsi, on sait qu’on a un ascendant sur l’autre mais on choisit de l’ignorer.

“Mais c’est pas de la pédophilie”

Plusieurs victimes, donc, choisissent de prendre la parole pour mettre en garde d’autres victimes potentielles que cette personne majeure et d’autres personnes de son entourage risqueraient de les cibler. Le terme de “pédophilie” est employé. En premier lieu, dans des échanges privés révélés lors du callout, la personne visée l’emploie elle-même. Le terme est ensuite repris par les personnes victimes dans le texte du callout.

Le terme de pédophilie est ici mal choisi, car on ne parle pas de personnes pré-pubères ; éphébophilie serait plus exact. J’en avais parlé dans un article dédié. Cela change-t-il quoique ce soit au fait que la prédation éphébophile est grave et inacceptable ? Non.

Pourtant, de nombreuses personnes reprennent les victimes au prétexte que non, ce n’est pas de la pédophilie. Fort bien, mais cibler des mineur·e·s vulnérables n’est pas quelque chose d’anodin pour autant. Les rapports de pouvoir ne disparaissent pas magiquement à la puberté, ils se modifient certes, mais pas suffisamment pour qu’une relation ado-adulte soit automatiquement équilibrée.

“Mais moi ma relation à cet âge-là elle s’est bien passée”

Un autre poncif de discussions sur ce sujet : “Oui mais moi j’ai eu une relation avec cet écart d’âge-là et ça s’est bien passé”. Alors… On s’en contrefout. Décentrez-vous deux minutes. On a plusieurs victimes pour qui ça ne s’est PAS bien passé qui prennent la parole, pourquoi votre priorité est de les faire taire sous prétexte que VOTRE expérience n’a pas été traumatisante ? Est-ce que vous allez reprendre quelqu’un à chaque fois qu’iel partage ses expériences traumatisantes parce que vous, vous l’avez bien vécu ? Qu’est-ce que c’est que ce cirque ?

“Vous êtes moralistes et puritain·e·s”

On voit des plaintes comme quoi on est étroit·e·s d’esprit, comme quoi on cherche à faire la police, comme quoi on performe quelque chose… Parce qu’on cherche à remettre en question l’idée que des ados seraient systématiquement prêt·e·s à relationner avec des adultes. Et pas n’importe où : dans des milieux queers / féministes. On a complètement quitté le bateau à ce stade.

Alors enfonçons des portes ouvertes : oui, les ados peuvent avoir une sexualité dans l’absolu et non, elle n’est pas forcément traumatisante, et oui il vaut mieux éviter d’infantiliser les ados en faisant l’amalgame entre pédophilie et éphébophilie, mais non, on ne peut pas faire l’économie d’une réflexion sur les rapports de pouvoirs dans les relations des ados. Si votre première réaction lorsque l’on s’alarme sur des dynamiques de prédation répétées et avérées, c’est de défendre votre droit à la sexualité avec des adolescent·e·s, ma foi, peut-être vos priorités sont-elles douteuses ?

Et dans quel monde alternatif vivez-vous, dites-moi, si vous vous sentez persécuté·e·s lorsque vous défendez ce droit à la sexualité avec des ados ? Car la société est de votre côté. Tout le monde se fiche du sort des adolescent·e·s victimes d’abus sexuels et de rapports de pouvoir au sens large, et j’en sais quelque chose. On a le temps de crever trois fois des conséquences des abus avant que quelqu’un daigne réagir. Ce n’est pas la bonne foi qui vous étouffe. Personne ne vous poursuit avec des fourches si vous salivez devant une ado de 17 ans, c’est la norme médiatique : vous avez déjà oublié Polanski, Matzneff et les autres ? En revanche on nous laisse galérer avec des stress post-traumatiques pas diagnostiqués et des séquelles à vie de relations d’emprise vécues lorsque mineur·e·s. Ayez donc un peu de décence et cessez de manipuler la réalité pour nous présenter comme de vilains moralistes parce que nous demandons un minimum de prise de responsabilité.

Se poser les bonnes questions

Si vous vous arrêtez à “C’est légal” dans vos questionnements éthiques sur les couples ayant une différence d’âge, ne vous étonnez pas que l’on roule les yeux au ciel.

C’est légal, certes. Est-ce raisonnable ? Quels sont les rapports de pouvoir en jeu ? Quelle est la différence d’expérience entre les deux personnes ? Les différences de conditions matérielles ? Comment entendez-vous vous saisir de ces questions-là ? Ces questions-là sont importantes, que la personne la plus jeune ait 18 ans ou non.

Le respect des victimes et des survivant·e·s

Vous avec votre indignation sélective, vous semblez oublier très facilement qu’on vous lit. On vous voit défendre le droit à relationner avec des jeunes comme si votre gagne-pain en dépendait. On se rappelle de nos vécus. On se rappelle comme on nous a laissé·e·s livré·e·s à nous-mêmes alors qu’on était vulnérables. On est pris·e·s à la gorge par le chagrin, les souvenirs, et on en re-fait des cauchemars.

Cessez de vous étonnez que nous oublions de mettre les formes quand on vous reproche votre désinvolture quant à la prédation éphébophile. On devrait s’excuser d’être un peu remonté·e·s quand on parle de nos traumatismes ? C’est le pompon. Excusez-nous du peu. Vos “débats” nous sortent par les yeux, y en a assez.

J’en ai marre. Il est rare que j’écrive des articles aussi abrasifs, mais vraiment, j’ai atteint un point de rage que j’atteins rarement. Revoyez vos priorités, c’est urgent. On en crève de votre négligence.

Encore un peu et je croirais entendre les hommes qui disent qu’ils ont peur de prendre l’ascenseur avec des femmes depuis #MeToo, des fois qu’on les accuseraient de quoique ce soit… Bref. Remettez-vous en question.

Non, vous n’aurez plus le luxe de relationner avec des ados sans vous poser de questions, “sans vous prendre la tête”. Et oui c’est une bonne chose. Il est grand-temps de privilégier la survie et le mieux-être des victimes et survivant·e·s.


Pour les adolescent·e·s qui me liraient : certes, vous n’êtes plus des enfants — et je comprends que cela vous énerve qu’on sous-entende le contraire, moi aussi ça m’énervait fort. Vous êtes des adultes en devenir, et certainement vous êtes déjà des personnes intéressantes et formidables ! Et il est possible, probable même, que vous ayez des sentiments et du désir pour quelqu’un de plus âgé à un moment ou à un autre — ça n’a rien de particulièrement étonnant. Ce n’est pas votre faute ni votre responsabilité si une personne plus âgée n’a pas posé des limites raisonnables entre vous, et le fait que vous “ayez l’air adulte” ou que vous soyez “très mature pour votre âge” n’est jamais une excuse pour la personne plus âgée de ne pas se poser les questions ci-dessus. Je vous encourage à vous documenter sur ce qu’est une relation saine, car vous ne méritez que cela ; être respecté·e·s, apprécié·e·s, et vivre des relations qui contribuent à votre bonheur et votre épanouissement.


Quelques réflexions sur les abus pédophiles et éphébophiles

Cela fait plusieurs années que je songe à partager quelques réflexions sur un sujet très difficile à aborder pour moi. Je l’ai fait dans un fil Twitter que je paraphraserai dans cet article.

[Avertissement de contenu : abus sexuels, pédophilie, éphébophilie, culture du viol, victim-blaming]

Si vous êtes vous-même survivante d’abus, je vous encourage tout particulièrement à prêter attention aux avertissements de contenu ci-dessus. Si ce n’est pas le bon moment pour lire cet article, ne forcez pas, procédez avec précaution. Il peut être utile de prévoir d’être épaulé·e après la lecture, de planifier une activité qui vous aide à évacuer les émotions que cela aura peut-être remué… Je vous encourage avant toute chose à prendre soin de vous.

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Fiche d’information sur le trauma

Je recommande régulièrement le travail du Dr Igor Thiriez, psychiatre qui publie sur son blog un grand nombre de fiches informatives précises et synthétiques. Définition de la dépression ou de la manie, tableau comparatif des effets de différents médicaments, exercices pour gérer l’agoraphobie, techniques pour gérer l’insomnie… C’est très complet et diversifié.

La plus récente fiche traite du stress post-traumatique ! J’ai eu l’immense plaisir d’apporter ma menue contribution à son élaboration.

J’aurais tant aimé avoir accès à ce type de ressources il y a cinq ou dix ans. Je me réjouis que cela existe à présent. Bonne lecture à tous·tes !

Évaluer sa douleur

Il y a eu des remarques intéressantes au sujet de la douleur sur Twitter récemment (par exemple ce fil de Neiko). Pour quantifier la douleur et en communiquer l’intensité, il est courant que l’on demande aux patient·e·s de la noter sur une échelle de 0 à 10. Malheureusement, cela n’est pas toujours approprié pour simplifier la communication, pour plusieurs raisons.

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Bonus ou conditions associées

Le terme de “co-morbidités” est couramment utilisé pour désigner une condition qui en accompagne une autre (par exemple, autisme et dépression, autisme et SED, trouble anxieux et TOC, etc). Ce terme a une connotation quelque peu péjorative hors du milieu médical, le terme “morbide” ayant des évocations assez glauques. Récemment, des amies et moi réfléchissions à une alternative : “conditions associées”, même si c’est un peu plus long, a le mérite d’être clair et non pathologisant. Quelqu’un a suggéré “bonus”, ce qui m’a fait rire : pour un contexte plus décontracté, cela me semble approprié !

Quelles conditions associées à l’autisme ?

La recherche actuelle permet d’affirmer que les conditions suivantes sont souvent associées à l’autisme :

  • stress post-traumatique ; souvent un résultat de harcèlement scolaire, mais pas seulement, le SPT est très répandu parmi les personnes autistes
  • SED (Syndromes d’Ehlers-Danlos), une maladie du tissu conjonctif
  • syndrome d’activation mastocytaire (SAMA)
  • trouble anxieux généralisé (TAG)
  • phobie sociale
  • trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA·H), voir cet article dédié
  • ochlophobie et/ou agoraphobie
  • Troubles du Comportement Alimentaire (TCA)
  • troubles du sommeil
  • dyspraxie et autre dys- (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, etc)
  • endométriose
  • Syndrome des Ovaires PolyKystiques (SOPK)
  • schizophrénie (cf cet article)

On manque de données à ce sujet, mais il est bel et bien possible d’avoir comme conditions associées des troubles bipolaires, borderline, psychotiques, etc. Il s’agit parfois d’un diagnostic erroné avant que l’on discerne que la personne est autiste, mais le diagnostic peut aussi être tout simplement incomplet. Une grande confusion règne à ce sujet, car l’autisme est encore considéré comme une psychose par un certain nombre de soignant·e·s. De ce fait, et à cause du psyvalidisme ambiant, il y a une extrême mise à distance des personnes psychiatrisées et perçues comme folles par certaines personnes autistes, et cela laisse les personnes autistes ET fols dans une situation difficile.

Au Royaume-Uni, un dépistage du SED est recommandé lorsqu’une personne est diagnostiquée autiste, et vice-versa. Cela n’a pas encore été mis en place en France, hélas. Si vous êtes autiste, ou que vous soupçonnez l’être, et que vous avez des douleurs chroniques inexpliquées et des traits caractéristiques du SED, je vous encourage vivement à vous renseigner, rechercher des témoignages… Nombre de personnes autistes ayant un SED connaissent une errance diagnostique longue, ne sont diagnostiquées qu’au bout de plusieurs décennies. Si faire quelques tests rapides avec un kiné (pour vérifier si vous avez une hypermobilité généralisée*, par exemple) vous permet d’éviter cela, tant mieux ! Le parcours diagnostic est compliqué quoiqu’il en soit, mais au moins vous en saurez un peu plus sur comment prendre soin de vous.

Un ami qui a un SED m’encourage à rappeler dans cet article que les maintiens de sport, qui n’immobilisent pas, c’est bien pour tout le monde et surtout pour les autistes qui galèrent avec la proprioception ; que les aides à la mobilité c’est cool ; et qu’on peut demander une carte de priorité et râler sur les gens pour s’asseoir.

Pour en savoir plus sur les SED, je vous recommande la vidéo de Vivre Avec ci-dessous qui est très claire et accessible, et les associations SED in France et UNSED.

Vous pouvez soutenir la chaîne Vivre Avec sur Utip ici.

L’autisme peut modifier la façon dont les autres conditions s’expriment, exacerber certains traits ou symptômes. Par exemple, le fait d’avoir des aversions alimentaires en tant que personne autiste peut influer sur le développement de TCA, particulièrement si l’on a été forcé·e pendant l’enfance par des parents ou des soignant·e·s. L’ABA a notamment été critiquée pour cette raison, car cette méthode utilise la nourriture comme récompense. On peut aussi imaginer qu’une personne autiste qui a un stress post-traumatique aura des difficultés accrues à verbaliser son mal-être, car les deux conditions peuvent entraîner des périodes de mutisme.

Je n’ai pas fait une liste exhaustive des conditions associées possibles à l’autisme. N’hésitez pas à me signaler (en commentaires, par DM sur Twitter ou par e-mail) si vous avez produit des ressources sur ce sujet que vous aimeriez que je rajoute en fin d’article. Si vous aimeriez que je fasse un article plus détaillé sur l’une ou l’autre des conditions associées, vous pouvez également vous manifester !

*Nota bene : il est bien sûr possible d’avoir un SED sans hypermobilité généralisée.

Amalgames psyvalidistes et misogynie

Récemment, j’ai discuté avec quelqu’un de la différence entre troubles psychiques et comportements abusifs. Mon interlocuteur semblait penser que les deux allaient de pair, que les troubles psychiques amenaient forcément à des comportements abusifs. C’est une idée extrêmement répandue aux ramifications particulièrement dangereuses, notamment en termes de justification des violences genrées.

Le cliché du “fou dangereux” est tenace. Le sujet a déjà été abordé maintes fois par des personnes neurodivergentes : l’excellent article “Qui est le fou dangereux ?” de GwennSEA en est un exemple parmi d’autres, on pourrait aussi citer celui-ci par Dandelion.

Outre la parole des personnes concernées sur le sujet, de nombreuses études ont montré que les personnes ayant des troubles psychiques représentent seulement 3 à 5 % des actes de violence en général. Le lien entre dangerosité et troubles psychiques n’est pas scientifiquement avéré. La prédiction d’un pronostic de dangerosité par des professionnels n’est correcte que dans un tiers des cas, avec une nette tendance à la surestimation de cette dangerosité (source : Psycom).

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Sécurité en ligne

Cela fait quelque temps que je réfléchis à rédiger une série de conseils pour les personnes qui viennent tout juste d’arriver sur Twitter, qui n’en connaissent pas les codes et les travers et qui risqueraient d’être vulnérabilisées par une utilisation de cette plateforme sans quelques mises en garde préalable.

Il se trouve que quelqu’un m’a écrit pour me communiquer un guide de la sécurité sur Internet pour les femmes. Cela arrive donc à point nommé alors que je réfléchissais à aborder le sujet !

Le guide n’aborde pas seulement la sécurité sur Twitter, mais également sur d’autres plateformes. Il donne des conseils pour limiter certains dangers. Il a été rédigé explicitement pour les femmes, cependant il me semble qu’un certain nombre des conseils sont transposables à d’autres catégories de personnes marginalisées. Je vous en recommande vivement la lecture !

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Les avertissements de contenu

Pourquoi des avertissements de contenu ?

J’avais évoqué les avertissements de contenu dans un précédent article de recommandations de choses à faire et à ne pas faire avec une personne ayant un stress post-traumatique :

[…] Il est recommandé de demander plutôt quels aménagements peuvent être faits pour éviter de déclencher des symptômes chez la personne. Cela peut être fait par exemple comme cela : « Est-ce qu’il y a un sujet qu’il vaut mieux que j’évite parce que ça peut être triggering pour toi ? », « As-tu besoin d’avertissements de contenu sur certains sujets ? »

Vous avez peut-être rencontré les termes “trigger warning”, “content warning” ou leurs abbréviations “TW”, “CW”. Personnellement je les utilise peu en français car je considère que l’usage de mots anglais peu connus dans un contexte francophone alors que l’on dispose d’alternatives francophones peut prêter à confusion et se révéler excluant. Je regrette que le concept se soit diffusé principalement avec ces termes anglophones car il me semble que cela contribue aussi à l’impression qu’ont certaines personnes qu’utiliser des avertissements de contenu est compliqué et forcément réservé à certains milieux.

Quant au terme triggering, j’ai récemment décidé d’utiliser autant que possible “réactivant” ou “redéclencheur” à la place, pour les mêmes raisons, et aussi car le terme trigger et ses dérivés ont été détournés, notamment par des blagues et insultes trivialisant le sens initial (comme, hélas, la plupart du champ lexical lié à la folie : “schizo”, “bipolaire”, “maniaque”, etc). Gwenn SEA a écrit un excellent article à ce sujet, que je vous recommande vivement : “Alors, tu es triggered ?“.

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Le “Haut Potentiel Intellectuel”

Que dire de l’étiquette “Haut Potentiel Intellectuel”, et ses variantes “surdouée”,”(très) haut QI”, “précoce”, ou encore “zèbre” ?

J’avais beaucoup apprécié l’article-témoignage de Gwenn sur le sujet, “Ma petite aventure avec le Quotient Intellectuel et la surdouance” (premier paragraphe cité ci-dessous).

Le QI serait censé calculer la capacité à raisonner logiquement d’une personne, sa capacité intellectuelle. On aimerait bien croire que les tests de QI sont des tests objectifs, ce serait rassurant, car l’intelligence est une notion subjective influencée par la culture, l’éducation, la façon de s’exprimer, la confiance en soi et le stress. Cependant, les tests de QI standards ne font rien pour écarter ces nombreux biais. Certaines questions seront très faciles pour qui a déjà vu un problème similaire à l’école, et demanderont une grande capacité de déduction à la personne pour qui c’est une nouveauté, ainsi que plus de temps. Il s’agit alors d’une évaluation du niveau scolaire.

(lire la suite)

Le fil Twitter d’une autre personne autiste, @nohecate, sur le sujet, était également éclairant.

Enfin, cet article-témoignage par une personne qui a eu affaire aux centres Cogito’Z a achevé de me mettre en colère, car il s’agit bien là d’exploitation financière et de négligence thérapeutique de personnes fragilisées.

Si le format vidéo vous convient mieux, voyez ci-dessous, Alistair y résume les problèmes que posent le diagnostic de “Haut Potentiel Intellectuel” en moins d’un quart d’heure.