Fiche d’information sur le trauma

Je recommande régulièrement le travail du Dr Igor Thiriez, psychiatre qui publie sur son blog un grand nombre de fiches informatives précises et synthétiques. Définition de la dépression ou de la manie, tableau comparatif des effets de différents médicaments, exercices pour gérer l’agoraphobie, techniques pour gérer l’insomnie… C’est très complet et diversifié.

La plus récente fiche traite du stress post-traumatique ! J’ai eu l’immense plaisir d’apporter ma menue contribution à son élaboration.

J’aurais tant aimé avoir accès à ce type de ressources il y a cinq ou dix ans. Je me réjouis que cela existe à présent. Bonne lecture à tous·tes !

Les étapes du rétablissement

Le terme de « rétablissement » ici est une traduction de recovery et fait référence au contexte d’une personne ayant un stress post-traumatique. Le terme étant très connoté « guérison », je me permets de vous recommander ce texte pour contextualiser ce que j’entends par là.

Lors d’un article précédent au sujet des termes « victime » et « survivant·e », j’expliquais qu’il y avait des idées reçues sur la figure de la « victime de violences ». Il y a ce cliché de la victime prostrée, mutique, blême, pleurant souvent, avec des traces visibles des violences subies… J’ai sans nul doute correspondu à ce cliché à certains moments de ma vie. J’ai pu recevoir de l’aide et cela n’a donc pas duré indéfiniment. Cependant, les violences que j’ai vécues m’impactent toujours au quotidien de différentes manières (cf article sur les stress post-traumatique).

Cela m’amène à parler des étapes du rétablissement (recovery steps) comme définies par la psychiatre spécialisée Judith L. Herman :

1) Sécurité et stabilisation (safety and stabilization)

Les personnes affectées par un trauma ont tendance à se sentir en danger dans leur corps et dans leur relation avec autrui. Regagner un sentiment de sécurité peut prendre des jours ou des semaines pour des personnes avec un traumatisme aigü, ou des mois ou des années pour des personnes ayant expérimenté des traumatismes chroniques/prolongés. Discerner quels domaines de la vie doivent être stabilisés, et comment accomplir cela, aidera à progresser dans le processus de rétablissement. Par exemple :

2) Souvenir et deuil (remembrance and mourning)

Cette étape conduit à gérer le trauma, y associer des mots et des émotions et en faire sens. Ce processus est généralement entrepris avec un·e conseiller·e ou thérapeute en groupe et/ou en thérapie individuelle. Il n’est peut-être pas nécessaire ou indispensable de passer beaucoup de temps sur cette étape. Il est cependant nécessaire de continuer à prêter attention à la sécurité et à la stabilité durant cette phase. Faire attention à la sécurité permet à la personne affectée par le trauma de traverser cette étape de manière à intégrer l’histoire traumatique plutôt qu’en réagissant en « combat, fuite ou sidération » (fight, flight or freeze response).

Le rythme est crucial durant cette étape. Si la personne affectée par le trauma est rapidement submergée et envahie par les émotions lorsqu’elle parle de ses souvenirs traumatiques, la sécurité et la stabilité doivent être retrouvées avant de poursuivre. Le but n’est pas de « revivre » le trauma mais ce n’est pas non plus de raconter l’histoire sans émotions.

Cette étape inclut la tache importante d’explorer, de faire le deuil des pertes associées au trauma et de fournir l’espace pour faire son deuil (ndlt : grieve n’a pas d’équivalent autre que « faire son deuil », d’où la répétition bien que la phrase d’avant utilise mourning, un autre mot pour exprimer la notion de deuil) et exprimer ses émotions.

3) Reconnection et intégration (reconnection and integration)

Dans cette phase, il doit y avoir création d’un nouveau sens de soi et d’un nouveau futur. Cette tâche finale implique de se redéfinir dans le contexte de relations signifiantes. A travers ce processus, le trauma n’est plus un principe définissant et organisant la vie de la personne. Le trauma devient intégré dans leur histoire de vie mais n’est pas la seule histoire qui les définit.

Dans cette troisième étape du rétablissement, la personne affectée par le trauma reconnait l’impact de la victimisation mais est maintenant prêt·e à prendre des mesures concrètes pour son empouvoirement et sa vie autodéterminée.

Dans certains cas, les personnes qui ont eu des expériences traumatiques trouvent une mission à travers laquelles elles peuvent continuer à guérir et croître, telle que parler à des jeunes, ou devenir mentor. La résolution avec succès des effets du trauma est un testament puissant de la résilience de l’esprit humain.

Le rétablissement est un processus individuel et sera différent pour chacune. Il y a un désir intense de se sentir bien rapidement et les personnes peuvent avoir l’impression que le rétablissement prend trop de temps ou qu’elles ne le font pas correctement. Le rétablissement n’est pas défini par l’absence totale de pensées ou d’émotions à propos de l’expérience traumatique, mais plutôt, être capable de vivre avec de manière que cela ne controle pas votre vie. Il est important d’être doux·ce, patient·e et plein·e de compassion envers vous-même tandis que vous avancez dans ce processus de rétablissement.


Pour conclure cet article je me permets de vous rappeler que le rétablissement n’est pas un processus linéaire, et que ces étapes peuvent fonctionner en cycles pendant un moment (1 – 2 – 3 – 2 – 1 – 2 – 1 – 2 – 3). Il n’y a pas de temps défini pour passer ces étapes ; cela peut prendre quelques mois ou plusieurs années. Cela dépend des expériences traumatiques et des contextes individuels.

Pour les personnes en rétablissement qui me lisent, quelle que soit l’étape où vous vous trouvez, je vous transmets tous mes encouragements.

Symptômes du stress post-traumatique complexe au quotidien

Quand j’ai fait mes premières recherches sur le stress post-traumatique il y a quelques années, je ne connaissais pas grand-chose sur le sujet ; je savais qu’il pouvait survenir des flashbacks, et c’est ce qui m’a amenée à faire des recherches. J’ai découvert des symptômes que j’expérimentais sans savoir que c’était lié au stress post-traumatique ; lire sur le trauma complexe a été une révélation.

Pour rappel, on parle de stress post-traumatique complexe (C-PTSD en anglais) lorsque les traumas qui l’ont causé ont été chroniques, sur la durée. Par exemple, quelqu’un qui a eu un grave accident développera peut-être un stress post-traumatique ; en revanche, quelqu’un qui a subi du harcèlement scolaire sur plusieurs années, des maltraitances parentales, ou été dans une relation conjugale abusive au long cours, développera probablement des symptômes similaires mais un peu différents que l’on appelle stress post-traumatique complexe. Pour plus d’informations, voir cet article.

Je me suis dit qu’il pourrait être intéressant de faire un article pour parler des symptômes du stress post-traumatique complexe, comment ça peut se présenter au quotidien. Bien sûr, il n’y a pas un modèle unique, comme d’habitude je le précise : je ne prétends pas dresser une liste exhaustive. Je me contente de donner des éléments se basant sur mes expériences et sur celles d’autres personnes ayant un stress post-traumatique complexe.

Il peut être important de garder à l’esprit que la plupart de ses symptômes peuvent fluctuer en intensité et parfois disparaître avec le temps, même dans le cas d’un stress post-traumatique complexe : on peut se retrouver dans un état aigu avec des symptômes très intenses juste après un évènement traumatisant, puis revenir à une routine de symptômes envahissants mais desquels on s’accommode plus facilement.

Pour prendre un exemple concret : juste après un traumatisme intense, quelqu’un qui a un stress post-traumatique depuis une dizaine d’années aura peut-être une résurgence de cauchemars très difficile à gérer l’empêchant de dormir correctement sans médicaments, une anxiété sociale qui limite énormément ses activités, beaucoup de difficultés à manger suffisamment, un ralentissement cognitif… Après quelques mois avec une prise en charge adaptée, cette personne aura peut-être moins de difficultés dans tous ou certains de ces domaines de sa vie.

Ainsi, il est possible qu’en lisant cette liste, vous vous dites « Oh, ça c’était moi il y a quelques années ! ». Et si cela correspond à votre état actuel, que cela ne vous décourage pas, il est possible de trouver un mieux-être.

Le SPT-C au quotidien, cela peut être :

  • ne pas se reconnaître dans le miroir
  • terreur dès qu’il y a un bruit inattendu
  • alternance de rage sourde et tristesse insondable
  • une perte de poids rapide sans qu’on s’en rende compte
  • difficultés à manger, orthorexie et autres troubles du comportement alimentaire
  • avoir du mal à s’ancrer dans la réalité
  • des cauchemars à répétition
  • des absences durant une conversation
  • impossibilité de se concentrer suffisamment longtemps pour regarder un film
  • difficultés à lire de la fiction car cela convoque trop de souvenirs, de questionnements, d’identification aux protagonistes
  • tendance à projeter l’intensité de ses émotions sur autrui et en être très affecté·e (quand quelqu’un·e semble un peu déçu·e on l’imagine effondré·e, par exemple)
  • automédication (alcool, drogues…)
  • difficulté extrême à oraliser sans script (il faut se préparer à chaque conversation, on tourne une phrase dans sa tête longtemps avant d’arriver à la prononcer)
  • faire confiance à autrui paraît inenvisageable
  • les relations saines paraissent peu crédibles, surréalistes, on se prend à « attendre la chute », on est persuadé·e que des dynamiques abusives sont tapies sous la surface
  • hypersexualité défensive, performer une certaine idée de la sexualité afin d’éviter toute situation où on devrait dire non
  • conviction profonde que l’on est sans valeur, monstrueux·se, dangereux·se pour autrui
  • terreur de ressembler aux personnes qui nous ont maltraité·e, malgré tous les efforts faits dans ce sens
  • difficulté à se convaincre que l’on est pas sali·e par les abus, obsession de la propreté
  • difficulté à sentir son propre corps, déconnexion de ses sensations corporelles
  • autodestruction relationnelle, recherche (le plus souvent inconsciente) de dynamiques malsaines car on y est habitué·e et/ou on n’est persuadé·e de ne pas mériter mieux et/ou on ne sait pas que quelque chose d’autre peut exister

Nota bene : je songe à faire un article dédié, mais vous aurez peut-être remarqué que les symptômes ressemblent aux descriptions du trouble de la personnalité borderline (TPB). Les deux diagnostics se ressemblent énormément, au point où certain·e·s survivant·e·s se sont insurgées contre le diagnostic de TPB qu’iels considèrent être une pathologisation du trauma en trouble de la personnalité qui culpabilise les survivant·e·s, en effaçant la responsabilité des violences genrées notamment. Il y aurait beaucoup à écrire sur le sujet, je me contenterai pour le moment de dire que, très pragmatiquement, les ressources sur le SPT-C et sur le TPB sont susceptibles de vous aider si vous avez reçu l’un ou l’autre des diagnostics. Si vous avez un diagnostic de trouble de la personnalité borderline, n’hésitez pas à vous renseigner sur le stress post-traumatique complexe et vice-versa.

[Avertissement de contenu pour le dessin ci-dessous : évocation à la première personne des symptômes du stress post-traumatique complexe, notamment culpabilisation, victim-blaming]

dessin en bleu foncé d'un visage les yeux fermés, sans bouche, qui semble pensif ; une spirale rouge en part ; de nombreuses phrases sont écrites, manuscrites, en rouge clair : "je ne me reconnais plus", "je veux dormir", "tout me revient", "ne jamais faire confiance", "c'est mes mains ça ?", "j'ai peur", "je suis un monstre", "je me sens en danger", "je veux oublier", "je le méritais, sûrement", "non", "pourquoi moi ?"
(Je n’ai pas mis cette version du dessin en bannière car il me semblait que cela pouvait être réactivant à voir sans avertissement)

Voir ces autres articles sur le même sujet :

13 étapes pour gérer les flashbacks

Avec la gracieuse permission de Pete Walker, j’ai traduit son texte « 13 steps for managing flashbacks« , une ressource précieuse pour les personnes expérimentant des flashbacks du fait du stress post-traumatique.

Vous pouvez le télécharger la version PDF de la traduction ici.

Quelques mots sur mon expérience personnelle avec ce texte. Peut-être que vous avez l’impression que ces directives ne font qu’enfoncer des portes ouvertes, peut-être que vous êtes sceptique quant à l’efficacité de ces affirmations. Pourtant, me répéter « J’ai peur mais je ne suis pas en danger », par exemple, a pu être d’une aide phénoménale lorsque j’étais en plein flashback. Il y a des moments où l’on a besoin d’entendre, de lire, de se répéter des évidences — des choses qu’on sait, qu’on a déjà entendues et lues. Il est fort possible que lorsque vous vous sentez bien, ces affirmations vous semblent évidentes, mais qu’au beau milieu d’un flashback, elles vous fasse l’effet d’une bouée de secours. Le refus de se haïr, de se culpabiliser ou de s’abandonner est aussi un engagement fort qui fait une énorme différence dans la gestion des flashbacks — engagement très difficile à prendre pour une personne traumatisée, qu’il faut réitérer avec persévérance, et qui devient de plus en plus facile avec le temps. Lorsque j’expérimentais des flashbacks plusieurs fois par jour, je gardais les affirmations en permanence sur moi pour pouvoir les relire. Mes encouragements à toutes les personnes qui ont des difficultés liées à des flashbacks, j’espère que cette ressource pourra vous aider.

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Intentions de rétablissement

Je trouve que ma traduction de ce texte sonne un peu bizarre… Mais le contenu est vraiment aidant ! Le C-PTSD peut provoquer une perte de repères si considérable, c’est intéressant d’avoir des formulations claires de ce que l’on souhaite. Bien sûr, ce n’est pas limité aux personnes qui souffrent de C-PTSD, et je pense que ces intentions peuvent être appropriées par d’autres. Merci Pete Walker ! Trouvez la version originale, en anglais, ici.

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C-PTSD : traitement

Ce qui suit est une traduction, mais impossible de retrouver la version originale en ligne, je crois que le site a été remanié. Il me semble que ça provenait de http://www.outofthestorm.website, et ça m’a personnellement beaucoup aidé. Je l’avais traduit pour mes soignant·e·s.

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Human Bill of Rights en VF

Pete Walker a écrit une « déclaration des droits humains », que j’ai trouvée très utile et que j’ai donc traduite. La version originale est consultable en ligne sur son site, ici.

Vous pouvez télécharger la version PDF de cette traduction ici.

Recommandations pour équité et intimité

« Human Bill of Rights » de Pete Walker

  1. J’ai le droit d’être traité·e avec respect.

  2. J’ai le droit de dire non.

  3. J’ai le droit de faire des erreurs.

  4. J’ai le droit de rejeter des conseils ou des retours que je n’ai pas demandés.

  5. J’ai le droit de négocier des changements.

  6. J’ai le droit de changer d’avis ou de changer mes plans.

  7. J’ai le droit de changer mes circonstances ou ma façon d’agir.

  8. J’ai le droit d’avoir mes propres ressentis, croyances, opinions, préférences, etc.

  9. J’ai le droit de me protéger du sarcasme, de la critique destructrice, ou d’un traitement injuste.

  10. J’ai le droit de ressentir de la colère et de l’exprimer de façon non-abusive.

  11. J’ai le droit de refuser de prendre à ma charge les problèmes de quelqu’un d’autre.

  12. J’ai le droit de refuser de porter la responsabilité du mauvais comportement de quelqu’un d’autre.

  13. J’ai le droit d’avoir des ressentis ambivalents et d’être occasionnellement incohérent·e.

  14. J’ai le droit de jouer, de perdre du temps et de ne pas être constamment au top de la productivité.

  15. J’ai le droit d’être occasionnellement enfantin·e et immature.

  16. J’ai le droit de me plaindre des injustices et iniquités de la vie.

  17. J’ai le droit d’être occasionnellement irrationnel·le de manière non-dangereuse.

  18. J’ai le droit de rechercher des relations saines où il y a un soutien réciproque.

  19. J’ai le droit de demander de mes ami·e·s un minimum d’aide et de soutien émotionnel.

  20. J’ai le droit de me plaindre et de ventiler verbalement avec modération.

  21. J’ai le droit de croître, d’évoluer et de prospérer.

PTSD et C-PTSD

Qu’est-ce qui distingue le stress post-traumatique (PTSD) du stress post-traumatique complexe (C-PTSD) ?

On peut expérimenter des états de stress post-traumatique à la suite d’un évènement traumatique isolé, tandis que le stress post-traumatique complexe résulte le plus souvent de multiples traumatismes expérimentés de façon chronique et/ou au long terme. Le traitement du C-PTSD est souvent plus délicat à mettre en œuvre du fait de la multiplicité des traumas et de ses conséquences.

Le tableau ci-dessous est un bon point de départ pour appréhender les différences observées. Cependant, ce n’est pas une liste exhaustive !

PTSD

C-PTSD

un ou plusieurs traumas

traumas chroniques inévitables

flashbacks

flashbacks

réflexe de sursaut exacerbé

pas de filtre, facilement submergé•e

évitement de ce qui pourrait évoquer, suggérer un souvenir du trauma

isolation sociale,

évitement des relations

cauchemars à propos du trauma

terreurs nocturnes, insomnies chroniques

dissociation, peut inclure un trouble dissociatif de l’identité

inclut un ressenti fracturé du soi et un trouble dissociatif de l’identité

hypervigilance

hypervigilance, des idées de références/modèles, se fait du souci au sujet de l’abuseur•e

anxiété et dépression

altération sévère de la régulation des affects