Trauma et pardon, partie 1

Un tweet que j’ai vu passer il y a quelque temps posait la question suivante : le pardon est-il nécessaire pour aller de l’avant ?

Réponse courte : non, pas systématiquement

Non, il n’est pas forcément nécessaire de pardonner la personne qui a abusé de nous pour aller mieux. L’idée selon laquelle on ne peut pas passer à autre chose ou pleinement guérir sans pardonner peut s’appliquer à certaines situations, mais ce n’est en aucun cas une règle d’or.

Lorsque l’on a grandi dans un milieu où le pardon est incontournable et présenté comme indispensable (par exemple, une famille chrétienne très pratiquante), cela peut être particulièrement difficile de se défaire de ce cliché, avec des conséquences parfois désastreuses. Pourquoi cela ?

La répression des émotions

Il est assez courant (pour des victimes de trauma comme pour d’autres personnes) de réprimer les émotions “encombrantes” pour ne garder que celles qui sont perçues comme socialement constructives ou socialement valorisées.

Autrement dit, si l’on a l’impression qu’être en colère ou triste n’arrangera pas la situation dans laquelle on se trouve, voire l’empirera, il est possible que l’on fasse complètement l’impasse sur nos propres ressentis pour s’occuper plutôt de ceux de nos interlocuteurices, notamment en les assurant que l’on est pas fâché·e ou blessé·e et que tout va bien. Et ce n’est pas forcément un mensonge : parfois, on a tout simplement pas pris le temps d’examiner comment l’on se sent avant de rassurer autrui.

Cette tendance à réprimer automatiquement ses émotions peut être exacerbée lorsque l’expression des émotions a été découragée chez la personne ; par exemple, si lors de l’enfance toute expression de la colère était diabolisée, les larmes fustigées comme un signe de faiblesse, etc.

Or, pour pardonner, encore faut-il prendre pleinement la mesure de ce que le pardon implique. Dans certains cas, pardonner prématurément est un obstacle au rétablissement. Ce sera le sujet d’un deuxième article à venir prochainement !

5 réflexions au sujet de « Trauma et pardon, partie 1 »

  1. Ça me parle beaucoup ! C’est exactement ça. Les émotions “négatives” envers quelqu’un étaient chez moi condamnées, pour des raisons liées à la promotion de la tolérance chrétienne, du pardon, de l’absence de jugement (“seul dieu peut juger”)… C’était une dérive des principes moraux de base. On n’avait pas compris qu’il y avait des raisons que je sois blessé et en colère. Vingt ans plus tard, mes parents nuancent leurs principes éducatifs, mais je suis encore en train de déconstruire cette répression de mes propres émotions et l’impression d’être une “mauvaise personne” quand je n’accepte pas de me faire marcher dessus -_-

    (je raconte ma vie, mais en fait c’est juste : merci pour tes articles toujours justes, simples et efficaces !)

    1. C’est clair qu’une fois que c’est bien ancré, c’est long à désapprendre ! Bon courage avec ça, et merci de ton retour 🙂

  2. (re)bonjour,

    Sans être chrétien pratiquant, je n’ai pas eu droit d’exprimer ma colère ou quoique ce soit. Heureusement que le pardon n’était pas aussi conceptualisé qu’il l’est dans la pratique religieuse, même si finalement je n’ai pas eu besoin de ça pour avoir à nier mes émotions. Merci.

  3. Salut,

    Je ne suis pas parvenue à faire fonctionner le lien permettant de t’envoyer un mail. En errant sur l’Internet, j’ai fini par atterrir sur ton blog et n’ai pas vu, dans la bibliographie que tu as mise à disposition, un livre qui pourrait t’intéresser, et qui, entre autres choses, aborde l’état de stress post-traumatique complexe. Il s’intitule Le Soi hanté : Dissociation structurelle et traitement de la traumatisation chronique. C’est un livre de psychologie qui, a priori, s’adresse davantage aux praticiens qu’aux personnes souffrant des différents troubles décrits, mais il a le mérite de mettre au jour un certain nombre de mécanismes et de stratégies mises en place par les survivants de traumatismes. Je te mets le lien vers le preview google books, si jamais : https://books.google.be/books?id=aXc4DwAAQBAJ&printsec=frontcover#v=onepage&q&f=false

    Bonne journée !

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