morceau de la couverture du livre de Dorothée Dussy "Le berceau des dominations"

Lecture : Le berceau des dominations, Dorothée Dussy

[avertissement de contenu : inceste]

J’ai commencé cet article avant que le hashtag #MeTooInceste n’émerge, après l’écoute des épisodes “Ou peut-être une nuit” du podcast Injustices de Louie Media, que je vous recommande vivement. Dorothée Dussy y est citée, et cela m’a donné envie de la lire.

Le berceau des dominations : anthropologie de l’inceste est un livre de Dorothée Dussy, publié en 2013. Il n’est plus disponible à la vente, mais il est possible de le lire en ligne ici.

Bien entendu, c’est une lecture très difficile de par le sujet qui est traité. J’ai dû interrompre ma lecture plusieurs fois, parfois durant plusieurs semaines car les réactivations de symptômes étaient trop présentes (cauchemars, douleurs chroniques, etc).

La lecture m’a toutefois été facilitée par le fait que l’écriture de l’autrice est limpide, et qu’elle s’y implique personnellement de manière qui tranche avec le reste des ouvrages théoriques au sujet de l’inceste que j’ai pu lire.

Quoiqu’il en soit, je vous recommanderais, si vous comptez lire cet ouvrage, de vous préparer à ce que cela puisse provoquer des réactivations. Par exemple, si vous avez tendance à être absorbé·e par la lecture, hyperconcentré·e pendant plusieurs heures à en oublier de manger et dormir, peut-être est-il avisé de vous mettre des alarmes de rappel et/ou de mettre en place un autre moyen de vous assurer que la lecture ne vous mettra pas en danger.

Chacun·e s’organise différemment pour la gestion des symptômes ; il me semble que l’important c’est d’y réfléchir en amont et d’établir un plan de crise si besoin.

J’ai pris note de deux citations que je vous présente ici.

Je préfèrerais qu’on ne profite de l’ambivalence et de la complexité des relations humaines pour minimiser les dégâts occasionnés par l’inceste pour l’inceste, mais c’est la vie, et c’est l’inceste, et, hormis les incestés, les gens se gargarisent d’anecdotes ou des souvenirs de jeux sexuels dans l’enfance.

p.120

Cette citation est si tristement vraie. L’inceste est à la fois présenté comme “le tabou qui cimente la société” et comme quelque chose “qui arrive et qui n’est finalement pas si grave, parfois”. C’est particulièrement flagrant lorsqu’il s’agit d’inceste entre frère et sœur : lorsque le sujet est abordé il se trouve toujours quelqu’un pour la ramener en parlant d’inceste consentant, voire pour référencer Game of Thrones. C’est une insulte aux victimes qui doivent vivre avec les conséquences de ce type d’inceste, et qui voient leurs souffrances constamment minimisées.

L’arrêt des abus sexuels est une phase de l’histoire de la famille mais ne marque pas la fin de l’inceste. parce que l’arrêt des abus sexuels ne s’accompagne pas de la levée du silence, ni d’une transformation des relations familiales, ne garantit pas qu’il n’y ait pas d’autres incestes commis par le même incesteur ou par d’autres dans la même famille, et puis, parce que l’arrêt des abus sexuels ne soulage pas l’incesté de la peur qu’ils se reproduisent.

p. 127

Cette citation souligne l’impact dans la durée de l’inceste : la tourmente de la victime ne s’arrête pas au moment où les violences sexuelles cessent. Les conséquences de l’inceste sont durables et sérieuses, contrairement à ce que certain·es professionnel·les prétendent parfois (coucou Jacqueline Schaeffer).


Des ressources au sujet de l’inceste :

Si vous avez des ressources à recommander, n’hésitez pas à les laisser en commentaires pour que je les ajoute à cette liste.

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