Autisme et psychanalyse

Il a été dit que l’approche psychanalytique de l’autisme a été une des plus grandes erreurs dans l’histoire de la neuropsychiatrie infantile (Joaquín Fuentes, 2006). Je pense qu’Ivar Lovaas est en bonne place également parmi les personnes qui ont fait énormément de mal aux personnes autistes avec des « soins », mais ce sera pour un autre article. Aujourd’hui, je voulais écrire sur l’approche psychanalytique de l’autisme. Ce ne sera certainement pas exhaustif, l’objectif est plutôt de donner quelques repères basiques.

Cet article est disponible au format PDF ici.

La psychanalyse, c’est quoi ?

C’est une méthode de thérapie qu’on doit à Sigmund Freud. Pour devenir psychanalyste, il faut avoir soi-même entrepris une psychanalyse. En France, Jacques Lacan a contribué à l’influence considérable de la psychanalyse dans la pratique psychiatrique : beaucoup de médecins psychiatres français sont également psychanalystes — mais tou·te·s les psychanalystes ne sont pas médecins. Certain·e·s appellent la psychanalyse une pseudo-science car un certain nombre de ses dogmes se basent sur des intuitions et théories de ses membres, et non sur des preuves scientifiques. Il est évident qu’on peut observer un certain nombre de pratiques dogmatiques qui font penser à une secte ; certain·e·s psychanalystes estiment qu’il est indispensable que l’analyse soit payée de la poche de l’analysé·e, par exemple, ce qui paraît tout simplement aberrant et classiste. Les écrits psychanalytiques étant d’une grande diversité, on peut parfois trouver des intuitions justes et utiles : je pense notamment aux écrits d’Alice Miller sur le vécu traumatiques des enfants ayant grandi dans une famille dysfonctionnelle (sa vision de l’autisme est hélas très ignorante et typiquement psychanalytique). La psychanalyse a souvent été considérée comme un progrès car elle mettrait en avant la parole et le vécu des patient·e·s, profondément oubliés dans la pratique psychiatrique avant l’arrivée de la psychanalyse. Freud a notamment été le premier en 1896 a réfuter le dogme selon lequel tout trouble nerveux ou mental serait dû à une hérédité pathologique, et ainsi ouvrir des pistes psychotraumatologiques. Mais ce n’est pas tout d’inviter les patient·e·s à parler : comment les écoute-t-on, quelle interprétation est faite de leurs propos, selon quelle grille de lecture ?

Un article récent de Powi explique comment certaines théories psychanalytiques opèrent une pathologisation des personnes LGBTI+, je vous en recommande vivement la lecture. On y apprend notamment que les personnes intersexes sont considérées par la psychanalyse comme « hermaphrodites anatomiques », les personnes bisexuelles « invertis amphigènes » ou encore « hermaphrodites psychosexuels » et les personnes trans seraient « homoérotiques de sujet » (!).

Qu’est-ce que l’approche psychanalytique de l’autisme ?

La psychanalyse considère l’autisme comme une psychose infantile, c’est-à-dire un état de perte de contact avec la réalité et de refus de contact avec autrui, dû à des évènements traumatiques. Les parents d’enfants autistes sont donc culpabilisés, et on prétend que l’enfant « choisit » de ne pas parler, de se replier sur ellui-même, parce qu’iel est traumatisé·e. Bien sûr, le mutisme sélectif peut être un symptôme de stress post-traumatique, et beaucoup de personnes autistes sont également traumatisées. Mais un certain nombre de personnes autistes ne verbalisent pas, ou verbalisent à un rythme différent, sans que ce soit pour autant un symptôme de stress post-traumatique : on estime que 2 personnes autistes sur 10 n’oraliseront jamais, mais cela ne les empêche pas forcément de communiquer par d’autres biais, l’autrice autiste Babouillec en est un exemple.

Un documentaire a été réalisé pour dénoncer les pratiques incompétentes voire maltraitantes des psychanalystes vis-à-vis de l’autisme : Le Mur, réalisé par Sophie Robert. Je vous le recommande vivement. Il dure environ 50 minutes et peut être visionné ici : https://www.dailymotion.com/video/x16d4fv

Je profite de cet article pour souligner que Sophie Robert a réalisé un second documentaire critique de la psychanalyse, « Le Phallus et le Néant », qui est actuellement projeté dans différents endroits de France. Les différents lieux et dates de projection sont sur le site officiel : https://lephallusetleneant.com/

Ci-dessous, la bande-annonce (sous-titres FR disponibles).

Il y aurait bien d’autres choses à dire sur l’approche psychanalytique de l’autisme, les mouvements de contestation en France et à l’international — j’aimerais faire un autre article prochainement pour développer.

Pour terminer cet article, j’aimerais vous envoyer tous mes encouragements si vous êtes une personne autiste ou un membre de la famille d’une personne autiste et que vous avez été négligé·e ou maltraité·e dans votre parcours de soin par une approche psychanalytique. Vous n’êtes hélas pas seul·e, c’est une honte, et je vous souhaite de rencontrer des professionnel·les plus à même de vous venir en aide.

Une réflexion au sujet de « Autisme et psychanalyse »

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