Qu’est-ce que le gaslighting ?

Il y a peu, on m’a demandé d’expliquer ce qu’était le gaslighting, et je me suis dit qu’un article serait bienvenu, car j’ai trouvé peu de ressources francophones sur le sujet (en fait, voici la seule que j’ai trouvée, n’hésitez pas à commenter si vous en avez davantage !).

Voici la définition proposée par Wikipédia :

Le gaslighting, ou gas-lighting est une forme d’abus mental dans lequel l’information est déformée ou présentée sous un autre jour, omise sélectivement pour favoriser l’abuseur, ou faussée dans le but de faire douter la victime de sa mémoire, de sa perception et de sa santé mentale. Les exemples vont du simple déni par l’abuseur de moments pénibles qu’il a pu faire subir à sa victime, jusqu’à la mise en scène d’événements étranges afin de la désorienter.

Le terme de gaslighting est utilisé depuis les années 60 pour décrire les manipulations visant à mettre en doute la réalité des perceptions d’autrui. Un peu de contextualisation : ce terme n’a pas de traduction française, et provient d’une pièce de théâtre qui fut adaptée au cinéma par George Cukor, Gas light (Hantise en VF). Dans cette oeuvre de fiction, un homme cherche à convaincre sa femme qu’elle est folle en niant sa réalité ; il manipule leur environnement pour provoquer de petits changements (notamment en modifiant la lumière qui provient des lampes, les gas lights) puis prétend ne pas les remarquer, afin que sa femme doute de ses perceptions. Il prétend systématiquement qu’elle se trompe, que ses souvenirs sont erronés ou qu’elle se fait des illusions.

Cependant, le gaslighting n’est pas forcément le fruit d’un plan machiavélique. Souvent, il est seulement nécessaire que quelqu’un croit qu’il est acceptable de réécrire la réalité d’autrui.

La manipulation et le gaslighting se distinguent aussi par leurs conséquences. La manipulation vise à changer le comportement de quelqu’un, tandis que le gaslighting met en doute la personne elle-même, sa perception de la réalité, avec des conséquences dévastatrices au long terme : perte d’estime de soi, incapacité à se faire confiance, déréalisation.

Cet article propose une liste de « signes » qui pourraient mettre la puce à l’oreille quant au fait d’être victime de gaslighting :

1. Vous doutez constamment de vous-même et de vos décisions
2. Vous vous demandez « Suis-je trop sensible ? » une douzaine de fois par jour.
3. Vous vous sentez souvent confus-e ou même fou/folle.
4. Vous vous excusez constamment auprès de votre mère, père, partenaire, boss.
5. Vous ne comprenez pas pourquoi vous n’êtes pas plus heureux-se malgré tant de choses apparemment bonnes dans votre vie.
6.Vous trouvez fréquemment des excuses à donner à vos ami-e-s et votre famille pour le comportement de votre partenaire
7. Vous vous retrouvez à filtrer les informations que vous donnez à vos ami-e-s et votre famille, afin de ne pas avoir à fournir d’explications ou trouver des excuses.
8. Vous savez que quelque chose ne tourne pas rond, mais vous n’arrivez jamais à expliquer ce que c’est, même à vous-même.
9. Vous commencez à mentir pour éviter les rabaissements et les déformations de la réalité.
10. Il vous est difficile de prendre de simples décisions.
11. Vous avez l’impression que vous étiez une personne très différente auparavant — plus confiante, plus décontractée, qui s’amusait davantage.
12. Vous vous sentez désespéré-e et sans joie.
13. Vous avez l’impression de n’arriver à rien, de ne rien faire de bien.
14. Vous vous demandez si vous êtes un-e bon-ne petit-e ami-e/époux-se, employé-e, ami-e, fils/fille.

Le gaslighting n’est pas seulement interpersonnel, il peut aussi opérer de façon institutionnelle, structurelle. La propagande est une forme de gaslighting, et le langage médiatique minimisant autour de certaines problématiques peut être considéré comme du gaslighting ; par exemple, le fait d’appeler « crime passionnel » ou « crime d’amour » un meurtre, une déclaration raciste qui devient un « dérapage », faire des fausses équivalences entre une forme de violence et les méthodes de défense pour combattre cette violence (« Il faut écouter les deux côtés », « Il y a des personnes bien de chaque côté du problème », ce genre de discours qui prétend trouver un juste milieu quand il y a un déséquilibre clair), etc.

Que faire si vous soupçonnez d’être victime de gaslighting ? Casdenor suggère de chercher une personne de confiance pour faire la vérification ; le gaslighting fonctionnant sur le caractère relationnel, faire entrer une personne « hors-champ » du potentiel abuseur, peut permettre de vérifier s’il y a bien déformation de la réalité et dans quelle mesure elle a lieu. Personnellement, je recommande vivement de prendre des notes très précises sur ce qui a lieu et notamment les propos de la personne abusive ; il est beaucoup plus difficile de s’entendre nier des propos quand ils ont été consignés sur le papier.

Courage à vous si vous avez subi du gaslighting !

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