La bande-annonce du reboot de Harry Potter vient de sortir. Je ne l’ai pas regardée et je ne compte pas le faire. Peu importe la qualité dudit reboot, je ne souhaite pas soutenir la propriété intellectuelle de J. K. Rowling d’un centime. Pourquoi ? Elle œuvre depuis des années, à l’aide de sa richesse indécente, pour agressivement saborder les droits des personnes trans. Sa cruauté démesurée vise principalement les personnes trans sur lesquelles elle projette sa propre misogynie, mais elle n’hésite pas non plus à tourner en dérision l’asexualité.

La nostalgie et Harry Potter
Je comprends tout à fait le phénomène de la nostalgie, d’une passion qui endure pour une œuvre de fiction qui a marqué nos jeunes années. J’ai grandi avec la saga Harry Potter aussi. Mais tout comme il me serait impensable de me rendre à un concert de Bertrand Cantat aujourd’hui, je ne soutiendrai plus rien qui rapporte de l’argent à Rowling : cet argent sera directement utilisé pour persécuter une population déjà marginalisée, et de plus en plus visée, notamment aux États-Unis où l’intention de génocide sur les personnes trans est à peine voilée.
L’instrumentalisation de la nostalgie pour vendre n’est pas un phénomène nouveau, c’est une stratégie marketing comme une autre. On ne peut pas ignorer que Rowling soutient financièrement des fonds privés et associations transphobes, elle ne s’en cache pas. Il n’y a rien d’indirect ici. Soutenir Harry Potter à l’heure actuelle, c’est soutenir la transphobie.
Dès 2020, les acteurs des films Daniel Radcliffe, Emma Watson et Rupert Grint affirment d’ailleurs publiquement leur désaccord avec Rowling au sujet des droits des personnes trans.
La transphobie de Rowling a des conséquences matérielles concrètes sur la vie de personnes trans de par le monde. Elle a non seulement une influence sociale, mais aussi le capital financier pour faire bouger les lignes à la faveur de sa bigoterie, et le climat s’y prête. Les droits des personnes trans reculent à différents endroits, aux États-Unis et au Royaume-Uni notamment.

Droits des femmes
Notez que la mauvaise foi de Rowling concernant les droits des femmes trans en particulier est stratosphérique. Elle nie les discriminations qu’elles vivent et persiste à les dépeindre comme des hommes infiltrés. Sa définition de ce qui fait une femme est profondément essentialiste et donc anti-féministe.
En effet, attaquer les droits des personnes trans, c’est attaquer les droits des femmes trans évidemment, mais des femmes plus généralement. Les femmes qui militent contre les droits des personnes trans se tirent donc systématiquement une balle dans le pied.

Un exemple simple et concret de la manière dont la transphobie impacte aussi les droits des femmes cis : Imane Khelif et la polémique autour de sa participation aux Jeux Olympiques 2024. Khelif est une femme cisgenre, mais Rowling fait référence à elle comme un homme, et accuse le milieu sportif de misogynie suite à la victoire de Khelif. Rowling et Elon Musk seront poursuivis en juste pour leur cyberharcèlement de Khelif, basé sur de la désinformation transphobe.
Moqueries concernant l’asexualité
Notez que Rowling s’en est aussi prise aux personnes asexuelles. Elle s’est moquée de la journée internationale de sensibilisation à l’asexualité, en l’appelant “Journée internationale de la fausse oppression” ; un choix curieux pour quelqu’un qui prétend œuvrer pour les droits des femmes et notamment des survivantes de violences sexuelles.
Plutôt que de recevoir les critiques constructives à ce sujet et de remettre en question son ignorance, Rowling s’est entêtée, et a fait référence aux personnes asexuelles comme “des personnes hétéros qui n’aiment pas les quickies” .
Comme j’y faisais allusion plus haut, la stigmatisation de l’asexualité est dommageable pour les personnes ayant un stress post-traumatique, qui peuvent avoir besoin d’une approche différente de la sexualité suite à des expériences difficiles. D’autres personnes, sans que des traumas soient en jeu, n’ont tout simplement d’intérêt pour la sexualité, et tenter de les y forcer est non seulement normatif mais aussi violent. Cela fait partie de la diversité de l’expérience humaine, et d’ailleurs, bien que l’on ne dispose pas d’énormément de recherche scientifique sur le sujet, il semblerait bien que l’asexualité soit plus prévalente au sein de la population autiste.

Intérêts spécifiques et convictions éthiques
Je n’ignore pas que parmi mon lectorat peuvent se trouver énormément de personnes neurodivergentes, dont beaucoup qui ont des passions très fortes, parfois appelées intérêts spécifiques. Je ne doute pas que pour certain·es, Harry Potter ait pu être, ou soit toujours, un intérêt de ce type. Je conçois qu’il puisse être difficile de prendre des distances de quelque chose qu’on aime tant, d’une fiction qui a pu être un refuge et une source de joie dans des circonstances difficiles, mais en l’occurrence, ça me semble indispensable dans le climat actuel.
Dans ce genre de situation, il me paraît évident que la conviction éthique doit prendre le pas sur des préférences personnelles, fussent-elles importantes émotionnellement. Pour rappel, des études ont montré que le risque de suicide baissait chez les personnes trans qui avaient accès aux soins appropriés, tels que des bloqueurs d’hormones ou traitements hormonaux de substitution, par exemple. Pour beaucoup de personnes et notamment des jeunes, c’est une question de vie ou de mort que d’avoir accès à des accompagnements de qualité autour des enjeux trans.

En résumé, il est éthiquement impensable de soutenir la franchise Harry Potter à l’heure actuelle, étant donné l’activisme anti-trans de Rowling, si l’on se préoccupe un minimum du sort des personnes marginalisées.
Vous valez mieux que d’être un Potterhead et de définir votre personnalité via la création d’une bigote qui choisit d’utiliser ses milliards pour persécuter parce qu’elle n’a pas pu digérer ses propres traumas qui n’ont rien à voir.
Appeler au boycott de Harry Potter n’a rien d’une dérive de la “cancel culture” : c’est du bon sens dans un contexte où les personnes trans sont de plus en plus violemment attaquées, pour le simple fait de vouloir exister en tant que telles. Je vous encourage vivement à ne pas laisser votre nostalgie et votre affection pour une œuvre de fiction être instrumentalisées, et à faire preuve de discernement.
Pour en savoir plus :
- WikiTrans, page d’information sur les enjeux trans
- OutTrans, association féministe d’autosupport trans
- J. K. Rowling (vidéo en anglais, sous-titrée français), ContraPoints
- A Comprehensive Timeline of J.K. Rowling’s Descent Into Transphobia (en anglais), THEM