sur fond noir, en lettres violettes, écrit à la main : "pas d'excuses bidons et psyvalidistes pour les misogynes"

Amalgames psyvalidistes et misogynie

Récemment, j’ai discuté avec quelqu’un de la différence entre troubles psychiques et comportements abusifs. Mon interlocuteur semblait penser que les deux allaient de pair, que les troubles psychiques amenaient forcément à des comportements abusifs. C’est une idée extrêmement répandue aux ramifications particulièrement dangereuses, notamment en termes de justification des violences genrées.

Le cliché du « fou dangereux » est tenace. Le sujet a déjà été abordé maintes fois par des personnes neurodivergentes : l’excellent article « Qui est le fou dangereux ? » de GwennSEA en est un exemple parmi d’autres, on pourrait aussi citer celui-ci par Dandelion.

Outre la parole des personnes concernées sur le sujet, de nombreuses études ont montré que les personnes ayant des troubles psychiques représentent seulement 3 à 5 % des actes de violence en général. Le lien entre dangerosité et troubles psychiques n’est pas scientifiquement avéré. La prédiction d’un pronostic de dangerosité par des professionnels n’est correcte que dans un tiers des cas, avec une nette tendance à la surestimation de cette dangerosité (source : Psycom).

« Fou », « schizophrène » ou encore « psychotique » n’est donc pas un synonyme de « dangereux ». Pourtant, les préjugés sont tenaces, notamment parce que lorsqu’un abus a lieu, on a tôt fait de pathologiser l’auteurice des abus. Pour distancier la dangerosité et la violence de soi, on la transforme en maladie : la personne qui a commis le crime est folle, donc elle ne nous ressemble pas, donc l’acte violent est moins choquant vis-à-vis de l’ordre social, on évite une remise en question sur la gestion des rapports de pouvoir et des violences au sein de la société.

Revenons-en à la réalité des personnes ayant des troubles psychiques. Le handicap psychique ne fait pas disparaître par magie l’éthique, ou la possibilité de faire des choix respectueux. Il est indéniable qu’être discriminé·e et avoir des problèmes de santé peut laisser moins de marge de stress pour gérer ses relations à autrui, mais est-ce inévitablement synonyme de comportements abusifs ? Bien sûr que non. Les personnes folles — oui, même les psychotiques, oui, mêmes celles qu’on enferme — peuvent faire des choix éthiques, ou non. Tout comme n’importe quel·le membre de la société, les fous sont capables de respecter autrui ou au contraire d’avoir des comportements abusifs.

Maintenant qu’on a balisé cela, j’aimerais aborder une des conséquences de ces idées reçues : l’internalisation qu’en font les personnes ayant des troubles psychiques. Comme tout groupe subissant stigmatisation, discriminations, gaslighting, les personnes estampillées « folles » vont souvent intérioriser ce qu’on leur reproche à tort. L’idée que leur existence même est un poids et un danger pour la société.

Et là où ça coince particulièrement, c’est que cela mène parfois à excuser des abus, à les mettre sur le compte d’un trouble psychique. C’est particulièrement flagrant dans le cas de violences genrées, de ce que j’ai pu observer maintes fois. Alors pour dire les choses très clairement : être multi-traumatisé ne vous donne pas un freepass pour être violent envers vos partenaires, vos enfants, les gens que vous côtoyez en général. Et si votre conjoint se défoule sur vous et que vous mettez cela sur le compte de son trouble psychique, je suis au regret de vous dire que c’est une fausse excuse. Vous méritez mieux, et il est tout à fait possible d’être handicapé·e psy et de ne pas sacrifier pour autant le respect que l’on doit à ses proches.

Notons qu’il y a un fossé entre une personne qui a des difficultés relationnelles du fait de troubles psychiques et qui prend ses responsabilités vis-à-vis de cela (en présentant des excuses, en fournissant des efforts pour progresser là où des problèmes se présentent, en se remettant en question, en se renseignant sur ce qui est respectueux et ce qui ne l’est pas, etc), et une personne qui se comporte de manière abusive et qui laisse ses proches encaisser cela au prétexte d’un trouble psychique.

La misogynie n’est pas plus acceptable lorsqu’elle est commise par quelqu’un de certifié fou par des psychiatres. La misogynie tue, elle doit être combattue, et je ne laisserai personne s’exempter de remise en question sous prétexte de traumatismes. Si vous estimez que vous n’êtes pas en mesure de relationner avec quelqu’un de manière intime sans vous comporter de manière abusive, ne relationnez pas. Donnez-vous le temps de faire un travail sur vous, d’examiner vos manières de faire afin de les changer. Si cela vous paraît insurmontable et impensable, il serait peut-être opportun de vous questionner : pourquoi relationner intimement avec quelqu’un vous semble être quelque chose qui vous est dû ? Le respect est un pré-requis.

[Avertissement de contenu sur le paragraphe suivant : viol]

J’ai pu lire et entendre des justifications d’abus absolument aberrantes. Pour donner un exemple concret, le viol n’est pas excusable par l’hypersexualité. Le fait qu’un·e partenaire soit diagnostiqué·e avec un trouble dont l’hypersexualité est parfois reconnue comme un symptôme ne l’autorise pas à vous forcer à quoique ce soit. Si hypersexualité il y a, c’est son problème, pas le vôtre, et votre consentement reste indispensable.

Nous ne sommes pas condamné·e·s à reproduire les abus que nous avons pu subir, et nous avons le droit de faire respecter nos limites, même face à quelqu’un qui a de graves difficultés.

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire sur l’intersection psyvalidisme et misogynie. Certaines personnes se sont intéressées à la pathologisation des femmes à travers le prisme des attentes genrées, par exemple. J’y consacrerai sans doute d’autres articles ; si vous avez des recommandations, n’hésitez pas à me les communiquer.

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